CALDOCHE et KANAK : Observations linguistiques.

 

Lorsque je suis arrivé pour la première fois en Nouvelle-Calédonie, en août 1974, le directeur du C.E.G. de Bourail, où je venais d'être nommé, s'appelait François Ollivaud. Comme on le voit, j'avais de la chance.

Afin que je sois le plus rapidement possible mis dans l'ambiance et m'éviter d'être surpris par l'éventail des catégories ethniques des élèves auxquels j'allais avoir à faire cours,- un éventail sans aucun doute plus divers que celui des classes du lycée de Vitry-le-François que je venais de quitter,- mon nouveau directeur m'a brossé un tableau des habitants du pays à peu près en ces termes :

 

"Ici, il y a les indigènes, ce sont des canaques ; mais il ne faut dire ni indigène ni canaque, ils n'aiment pas ça… Maintenant on dit autochtone.

Nous, les blancs nés dans le pays, nous sommes les caldoches

Ceux qui arrivent de France, sont les métropolitains, on raccourcit en disant les métros, mais plus souvent les zoreils ou les zozos.

Il y a aussi des Javanais, les cacanes ; des Wallisiens, les wallis ; des Tahitiens, les tahipouettes…"

 

Dites avec la faconde qu'on lui connaît, les explications de François Ollivaud ne se sont pas arrêtées là, mais ce que j'en rapporte ici suffit à donner une idée de ce que pouvait avoir de déroutant, pour un métropolitain nouvellement arrivé, cette variété ethnique, cette manière de distinguer certains groupes par un néologisme à caractère argotique…

En ce qui me concerne, je m'étais documenté sur le pays et ses habitants depuis que j'avais été informé,- à ma grande joie,- de ma nomination en Nouvelle-Calédonie, je n'ai donc pas été surpris outre mesure, découvrant seulement au passage "zoreil", "cacane" et "tahipouette".

 

Lorsque, bien des années après, j'ai participé à l'édition de 101 Mots pour comprendre l'Histoire de la Nouvelle-Calédonie, je me suis chargé, entre autres, de rédiger l'article "Zoreil". Sur le thème des ethnies, on doit à d'autres auteurs les articles "Arabes", "Indonésiens", "Japonais", "Kanak", "Tahitiens", "Vanuatais", "Vietnamiens", "Wallisiens et Furuniens", ainsi que "Métissage". Comme on le voit, un inventaire beaucoup plus complet que le premier qui m'avait été fait quelques vingt années auparavant.

 

Que l'on veuille bien excuser cette introduction un peu longue, mais c'est que je vais m'intéresser ici à deux mots, "caldoche" et "kanak", davantage en linguiste qu'en historien. Il ne faut pas en être surpris, avant de basculer sur une formation d'historien, j'avais entrepris des études littéraires et, d'une part je considère que je ne suis pas totalement ignorant en matière de linguistique et de littérature française, d'autre part j'ai pu constater que l'histoire ne se fait pas sans utiliser des mots souvent très particuliers, dont le sens recouvre des réalités, lesquelles réalités évoluent au fil du temps si bien que le recours à la linguistique pour appréhender l'histoire peut parfois s'imposer car les mots recouvrent des notions qui évoluent avec le temps, avec les mœurs ; la réciproque est également vraie : pour le linguiste, le recours à l'histoire est nécessaire lorsqu'il s'agit pour lui de mettre au clair l'évolution des mots et de la langue en général.

 

 

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CALDOCHE

 

Dans l'ouvrage précité - 101 Mots… - Christiane Douyère auteur de l'article "caldoche" écrit à propos de ce vocable :

"Sa connotation péjorative renforcée par le suffixe "oche" suscite encore de nombreux débats et des refus…"

Avant elle, Paul Griscelli avait donné à la S.E.H.N.C. un article intitulé "L'origine du mot Caldoche". À l'époque, je m'occupais de la publication du Bulletin de la S.E.H.N.C. (Janvier 1991, N° 86) et j'avais reproché certains défauts à cet article notamment :

- d'envisager le suffixe "oche" comme exclusivement négatif, considéré comme "péjoratif", "nationaliste", "raciste"

- de considérer qu'il n'y aurait aucune différence fondamentale entre une terminaison "oche" et une terminaison "auche" :

 

"Peu importe du point de vue sémantique que le o soit ouvert ou fermé (cf. gauche, ébauche, débauche). Il désigne tout ce qui porte tare, tout ce qui est difforme, sale, bancal, mou, rebutant, mal fait, crasseux. C'est un suffixe racial d'altérité qui peut se combiner avec d'autres (cf. le dérivé récent Caldochie)", écrivait Paul Griscelli.

 

Soucieux de rétablir une réalité à mon sens moins partiale, moins partielle et sans toutefois prétendre épuiser le sujet, je vais ici passer en revue les mots en "auche", "oche", "ôche", qu'il s'agisse ou non d'une suffixation. Pour les puristes, il existe une différence de prononciation entre le "o" fermé (orthographié "au" ou "ô", transcrit [o] en phonétique) et le "o" ouvert (orthographié "o", transcrit [ɔ] en phonétique).

 

La terminaison "auche".

 

Débarrassons-nous d'abord de l'idée que cette terminaison ne diffère de la terminaison "oche" que par le fait d'une anomalie orthographique, parce que dans les faits, elle n'a rien à voir avec la terminaison "oche", qu'elle soit due à la francisation d'un mot ou résultant d'une suffixation.

Les mots en "auche" sont peu nombreux, j'ai trouvé :

- "chevauche", du verbe "chevaucher"… rien de péjoratif dans l'acte évoqué par ce mot ;

- "débauche"… certes, que ce soit comme "excès condamnable dans la jouissance des plaisirs sensuels" ou bien comme "abandon d'un travail", les deux sens de ce mot revêtent un aspect que l'on peut dire péjoratif ; mais, dans la seconde acception, qu'en est-il alors de l'antonyme "embauche" pour "prendre un travail" ? Ce n'est péjoratif que pour les fainéants.

- "ébauche", première forme, imparfaite, d'une œuvre… bien sûr, c'est péjoratif mais par comparaison avec l'œuvre achevée seulement et par conséquent très relatif : ne vaut-il pas mieux être en possession d'une ébauche due à Michel-Ange que d'une œuvre achevée réalisée par un quelconque barbouilleur du dimanche ?         

- "fauche", du verbe "faucher"… d'un emploi verbal ou nominal péjoratif au sens secondaire de "dérober", mais pas du tout péjoratif au sens premier de "travailler avec une faux" ;

- "gauche", dérivé du verbe "gauchir" ; l'adjectif "gauche" qualifie quelque chose "qui est de travers", quelqu'un qui est "maladroit, malhabile", si bien qu'il a remplacé "senestre" (du latin sinister) pour désigner le côté du cœur, celui de la main qui pour la majorité des humains est la moins habile (le côté droit, celui de la main "adroite").

Toutefois, l'évolution sémantique de ce mot, employé comme substantif ou comme adjectif dans un contexte politique, présente un cas tout à fait particulier m'imposant une assez longue digression que je mets en note pour ne pas rompre l'unité de cet article. [Note-1]

- Enfin, il existe un mot au moins qui fait l'économie du "e" muet final, mais la prononciation est pratiquement identique, il s'agit d'un nom propre de ville : les habitants d'Auch, seraient certainement très surpris et fâchés, si on venait leur raconter que leur cité millénaire,- la capitale historique de la Gascogne,- porte un nom évoquant "tout ce qui porte tare, tout ce qui est difforme, sale, bancal, mou, rebutant, mal fait, crasseux".

 

La terminaison "oche" ou "ôche" par évolution phonétique.

 

Dans bon nombre de mots "oche" n'est pas un suffixe, tout au moins pas un suffixe français, il s'agit de mots qui résultent tout simplement d'une évolution phonétique naturelle depuis le grec, le latin, le gaulois, le francique ou des langues étrangères. Il en est qui sont des noms propres désignant des villes comme "Antioche", "Loches", ou de lieux-dits comme "La Roche Percée" par exemple ; la plupart font partie du lexique commun et sont des mots variables : formes verbales, adjectifs, substantifs surtout.

 

Si j'énonce le mot "aristoloche", il y a beaucoup de chances pour que le lecteur ignore ce que ce mot veut dire ; il se lancera peut-être alors dans une tentative de définition hasardeuse et, dans ce cas, il est probable qu'il avancera l'hypothèse suivante :

"C'est une façon péjorative de désigner les aristocrates, comme caldoche est une déformation péjorative de calédonien".

Eh bien, non ! l'aristoloche est une plante grimpante réputée pour faciliter les accouchements, du latin aristolochia et du grec lochos qui signifie "accouchement".

Comme on le voit, rien de péjoratif ici ; et dans la liste ci-dessous, ce n'est pas évident non plus (je souligne les seuls mots dont le sens est plus ou moins péjoratif) :

 

- "arroche", encore une plante (latin atriplex) ;

- "bamboche" (italien bamboccio qui signifie "marionnette", "pantin") ;

- "broche" (latin brocca) et les mots dérivés "embroche", "débroche", "tournebroche" ;

- "caboche" (normand-picard bosse, d'après le dictionnaire, mais je pense aussi au portugais "cabeça", traduction littérale du français "crâne", et à l'espagnol "calabaza" qui a donné le mot français "calebasse"), mot imagé s'il en est, avec une nuance plus ou moins péjorative en français puisqu'une "caboche" est une tête dure (au sens propre, par comparaisons avec une "calebasse"), mais employé au sens figuré de "têtu", "obstiné", ce qui dans certains cas peut d'ailleurs être considéré non comme un défaut mais comme une qualité ;

- "cloche" (bas-latin clocca) mot celtique venu d'Irlande au début du XIIème siècle ;

- l'homonyme "cloche" désignant la catégorie des "clochards" est d'origine bien plus récente puisque datant de la fin du XIXème siècle, il trouve son origine dans l'évolution médiévale   en "cloche" du latin cloppus signifiant "boiteux" qui nous a laissé l'expression toujours usitée "à cloche-pied" (ici, il est indéniable que l'emploi récent a pris un caractère socialement péjoratif, à tel point que de nos jours le mot "clochard" est banni du langage politiquement correct au profit de l'expression "sans abri",- à rapprocher de l'expression "à la cloche de bois",- et si l'on dit de quelqu'un que c'est une "cloche", cela n'établit en rien une comparaison avec un instrument en bronze sonore de forme définie, mais bel et bien avec un individu socialement inadapté, un "incapable", un "raté"…) ;

- "coche" (latin cocca) avec le sens de "entaille", et les dérivés "encoche" "décoche" ;

- "coche" (latin caudica et néerlandais) avec le sens de "chaland" ;

- "coche" (hongrois kocsi) pour désigner un véhicule à chevaux comme une "diligence" (cf. La Fontaine, "Le Coche et la Mouche") ;

- "coche", ou "cochet", autre forme du mot "coq" (cf. La Fontaine, "Le Cochet, le Chat et le Souriceau") et le dérivé "ricoche" (du verbe "ricocher" ; le substantif générique "ricochet" ayant pour origine une ritournelle où revenait régulièrement le mot "coq") ;

- "côche", forme du verbe "côcher", qui signifie "couvrir la femelle, en parlant des oiseaux", on pense bien entendu surtout au coq couvrant la poule ;

- "coche", synonyme de "truie", forme régionale du féminin de "cochon" ;

- "croche" (francique croc) et les dérivés "accroche", "anicroche", "décroche", "raccroche" ;

- "fantoche" (italien fantoccio autre mot pour "marionnette", de "fante" pour "enfant" ;

- "floche" (latin floccus) même origine que "flocon" ;

- "hoche", du verbe "hocher", (francique hotisson, hocier, pour "secouer", "remuer") ;

- "loche", du verbe "locher", même sens et sans doute même origine que le précédent qui se limite pratiquement à l'expression "locher le prunier", tombée en désuétude au profit de "secouer le prunier".

- "loche" (latin leuka avec le sens de blancheur) pour désigner certain poisson de rivière, utilisé également en héraldique ;

http://fr.wikipedia.org/wiki/Loches#H.C3.A9raldique  

- "moche" (francique mokka, signifiant "masse informe") était un terme technique du domaine du textile pour désigner un "écheveau" ; le sens péjoratif est apparu au XIXème siècle quand de substantif le mot est devenu adjectif ;

- "poche" (bas-latin popia, désignant une cuiller en bois), employé en Suisse avec ce sens ;

- "poche" (francique pokka) ayant pour sens originel "sac" (et le verbe "empocher") ;

- "roche" (latin populaire rocca) ;

- "sacoche" (italien saccoccia) ;

- "taloche" en ancien français, ce mot évoquait un "bouclier", il est employé de nos jours pour désigner un outil de plâtrier ou de maçon.

 

Notons au passage que, certains de ces mots, tels Broche, Hoche, Roche… sont aussi des patronymes ; affectés d'une majuscule pour respecter la règle grammaticale, il est évident que ces noms de famille ne peuvent être considérés comme honteux à porter du seul fait de leur terminaison en "oche".

 

La terminaison "oche" ou "ôche" par suffixation ancienne.

 

Le dernier mot de la liste ci-dessus, le doublon "taloche" pour parler d'une "gifle", me permet d'aborder à présent la catégorie des mots en "oche" obtenus par suffixation. D'après le Robert, ce mot provient du verbe "taler", d'origine germanique, sans doute lui-même emprunté au latin populaire "talo" qui a donné en français "talon". "Taler" signifie "meurtrir", "écraser", "broyer". Personnellement il me semble que l'origine "taloche" pour désigner un "bouclier" pourrait bien être la même : dans les combats de jadis, en effet, le bouclier servait non seulement d'arme défensive mais aussi d'arme offensive pour repousser l'adversaire, le frapper, l'assommer… toutefois, le dictionnaire définit sa formation par suffixation populaire en "oche" du verbe "taler".

 

 Populaire, le suffixe "oche" l'est sans aucun doute ; donne-t-il alors au mot, dans tous les cas, un sens uniquement péjoratif ?

Ce n'est pas évident si l'on regarde les mots anciennement construits tels que :

- "basoche" (XVème siècle), forme populaire de "basilique" ; on ne voit pas très bien pourquoi ce mot aurait revêtu une nuance péjorative en ces temps de grande piété religieuse, en fait, il a servi à désigner la communauté des clercs dépendant des cours de justice et son origine est à chercher dans le champ lexical des milieux étudiants de l'époque plutôt que dans celui du petit peuple des ateliers, des boutiques, de la campagne ; une origine juvénile et espiègle, marquant une originalité par rapport au conventionnel ;

- "bavoche" (XVIIème siècle), terme à caractère technique employé par les imprimeurs pour désigner les débordements de l'encre d'imprimerie ; évidemment, il s'agit de quelque chose de pas très beau, de pas net, d'où l'impression péjorative évidente (notons au passage que les imprimeurs utilisent également le dérivé du mot "broche", que nous avons vu ci-dessus, comme adjectif ou verbe pour désigner un type de reliure : "un livre broché") ;

- "brioche", nom commun, formé au XVème siècle sur le verbe "brier", forme normale en ce temps de "broyer" ; ici, à un verbe exprimant une action destructrice (comparer avec "taler" qui a donné "taloche"), la suffixation en "oche" confère un adoucissement inhérent à la qualité du produit final, moelleux, doux, agréable au goût ; employé au sens figuré, il permet d'atténuer le reproche esthétique (que l'on compare "Tu as pris de la brioche", avec "Tu as pris du ventre" ou "Tu as pris du bide") ;

- "épinoche" (XVIème siècle), désignant un poisson caractérisé par ses épines dorsales, nom construit sur la racine "épine" auquel le suffixe "oche" a été ajouté, pouvant très bien revêtir un caractère péjoratif (proche ici de "dangereux") comme pouvant aussi bien provenir d'un rapprochement avec "loche" (le poisson), plus anciennement attesté (XIIème siècle) ;

- "effiloche" (XVIIIème siècle), autre terme technique, employé par les tisserands cette fois pour désigner le "fil de lisière" d'une pièce de tissu ; "effilocher" qui en provient avec le sens direct de "retirer le fil de lisière", et le résultat que l'on connaît, font ici attribuer au suffixe "oche" une nuance péjorative qu'il n'a pas à l'origine.

Ce n'est pas le cas par contre pour :

- "bancroche" (XVIIIème siècle), construit sur "bancal" ; mais du radical et du suffixe dans ce mot, quel est celui qui est le plus péjoratif ?

 

La terminaison "oche" par suffixation récente.

 

Il s'agit ici d'aborder une série de mots créés à l'époque contemporaine.

- "boche", comme adjectif ou "Boche" comme nom propre est une aphérèse de la construction populaire "Allemoche", devenu "Alboche" d'après l'injure "tête de boche", c'est-à-dire "tête de bois", lit-on dans le Robert ; on dit aussi "tête de pioche" et peut-être bien aussi "tête de bûche" portant le même message d'injure familière (têtu, obstiné, obtus) teinté d'exaspération, voire même de colère. "Moche" et "Boche" sont certainement les deux mots qui ont fait le plus pour que l'on perçoive dans la terminaison "oche" un message péjoratif.

- "belle-doche" (ou "beldoche"), pour "belle-mère", est une bonne adéquation de la construction populaire avec une réalité ressentie : le mot prononcé en deux syllabes [bεldɔ∫] représente, dans la bouche du gendre ou de la bru, un personnage avec lequel, dans l'imagerie populaire, il y a traditionnellement mésentente ; la nuance péjorative existe et son niveau de gravité est fonction de la manière dont on prononce le mot, c'est très subtil.

- "bidoche", pour "viande" dure, de mauvaise qualité, a été construit sur "bidet", terme de dérision pour désigner un mauvais cheval ; la viande de cheval étant généralement peu prisée chez nous, à plus forte raison la viande d'un "bidet" est considérée comme méprisable ; la connotation est ici doublement péjorative, au titre du radical comme du suffixe ;   

- "valoche", pour "valise", d'après le Robert il apparaît en 1913 ; ce mot fait de toute évidence partie du champ sémantique populaire ; s'il était employé à un niveau de langue distingué, il serait péjoratif puisqu'il servirait à évoquer la valise "en carton" des gens peu fortunés ; mais comme il est employé par ceux qui l'ont créé, il représente pour eux le bagage courant des milieux populaires, où l'on ignore la valise en cuir du riche bourgeois, qu'ils désigneraient sans doute par le même mot s'ils avaient à en parler.

- "Valoche", tout nouveau dans les media plus ou moins satiriques de 2014, comme diminutif du prénom "Valérie", suite à la rupture entre le président de la République François Hollande et sa concubine Valérie Trierweiler. 

- "pétoche", pour "peur", cette construction populaire implique indéniablement une nuance péjorative ajoutée à la notion de "peur", laquelle en soi n'a rien de condamnable si elle n'est pas associée au fait qu'elle est causée par une lâcheté méprisable dont on se moque, ce qui semble bien ici être le cas étant donné que le mot "peur" cohabite avec "pétoche" dans le vocabulaire de ceux qui utilisent ce dernier, non sans intention.

- "filocher" construit à partir du verbe "filer" avec le sens de "partir" ou de "suivre en cachette", est de construction populaire un peu canaille, à nuance péjorative par le fait que, avec le sens de "filer" il se rapproche de "prendre la fuite", impliquant "peur" et "lâcheté", tandis qu'avec le sens de "suivre en cachette" il sous-entend une manœuvre à caractère louche, sournois ; ce verbe n'en a pas moins servi à construire le nom d'un sympathique héros de bande dessinée, "Filochard", celui des trois Pieds Nickelés, qui a un bandeau sur l'œil.

- "flânocher", construit à partir de "flâner", prend valeur d'augmentatif, non seulement du mot mais aussi du sentiment qui s'y raccorde, en accentuant la mollesse ; dans ce sens, il peut être considéré comme péjoratif, mais si peu !

 

En Nouvelle-Calédonie les mots en "oche" d'essence locale semblent bien se réduire à quatre ou cinq mots en tout et pour tout :

- "caldoche", pour Calédonien, est très courant depuis les années 1970 ;

- "liboche", pour "libéré", est complètement tombé en désuétude, s'il a jamais réellement existé ;

- "mère-loche" et "loche", n'ont rien de péjoratif ; la formation à partir de "merluche", forme provençale de "morue", est probable ; sous d'autres cieux, semblable poisson est appelé "liche" (cf. Les Soleils de Mogadiscio) ;

- "ponoche", pour "popinée", est un mot usité, à un niveau de langage proche du vulgaire, pour désigner une femme mélanésienne en exprimant une nuance de mépris plus ou moins appuyée.   

En ne considérant ici que le mot "caldoche", je pense que le suffixe "oche" peut en effet lui conférer une nuance péjorative, mais cela dépend de qui le prononce. Par exemple, je me souviens avoir lu que selon Jean Guiart ce serait l'épouse de Maurice Lenormand, qui aurait "inventé" ce mot en déclarant : "Caldoche, c'est calédo-moche".

Peut-être que Simone Lenormand à effectivement prononcé de telles paroles, cela ne veut pas dire pour autant qu'elle ait inventé le mot, ce serait plutôt le contraire : prenant le mot existant, elle aurait tenté d'en fournir une explication non d'après une démarche scientifique ou même seulement bien informée, mais d'après son sentiment personnel. [Note-2]

 

Pour en arriver à ma conclusion, je me fonderai quant-à moi sur l'assimilation avec les mots en "oche" qui dans leur grande majorité sont dus à une construction qui se rapproche de celle que nous avons observée plus haut pour le mot "basoche". Bien moins que péjoratif, le suffixe en question traduit un non conformisme juvénile, frondeur, décontracté… Voici quelques exemples, on ne les trouve pas tous dans tous les dictionnaires mais ils sont vivants et de notre temps, la suffixation en "oche" paraissant bel et bien assez à la mode :

- "baloches", argot imagé pour "testicules" à partir d'un terme régional servant à désigner les "quetsches" ou les "groseilles à maquereaux" ; n'est pas dans mon exemplaire du Robert, qui est un peu ancien, mais figure dans le "Wiktionnaire" ;

- "cinoche", familier et juvénile pour "cinéma", "ciné" ; formes construites par apocope de l'originel "cinématographe" ces deux abréviations sont toujours très usitées ; plus long et plus tardif que "ciné" (1910), le mot "cinoche" trouve son origine et sa justification dans les milieux jeunes des spectateurs du grand écran ; il est dans le Robert qui le signale comme apparu en 1935 ;

- "fastoche", pour "facile", est usité chez les enfants et jeunes adolescents qui l'abandonnent en vieillissant ; n'est pas non plus dans mon Robert, mais figure dans le "Wiktionnaire" ;

- "féloches", pour "félicitations", parfois raccourci en "félos", typiquement du vocabulaire collégien pour désigner la récompense accordée en fin de trimestre aux excellents élèves ;

- "péloche", pour "pellicule", contingenté au langage professionnel des photographes, ce terme n'est pas non plus dans mon Robert, et s'il figure dans le "Wiktionnaire" il n'est sans doute pas appelé à durer, du fait de l'évolution vers la photographie numérique ;

- "téloche", familier et juvénile, ce mot est construit en suivant le même processus que pour "cinoche" ; apocope du mot "télévision" en "télé", donnant ensuite "téloche" ; n'est pas non plus dans mon Robert, mais figure dans le "Wiktionnaire".

 

Le suffixe "oche" entre aussi dans la formation d'un surnom familier et amical dont l'emploi, limité à un petit groupe, n'est pas destiné à durer pour des raisons évidentes ; je citerai pour exemple le surnom "la platoche" donné au footballeur  Michel Platini par ses coéquipiers.

 

La dernière construction largement diffusée que j'ai observée - comme des millions de téléspectateurs - est toute récente, elle date de 2009 et elle n'existerait pas si le suffixe "oche" était vraiment si péjoratif que cela ; en fait, ici aussi c'est tout le contraire dont il s'agit puisque dans le slogan publicitaire "Castorama c'est castoche" le néologisme "castoche" exprime un message qui se veut à 100% favorable, dans le sens de "moderne", "facile"…

Ce message publicitaire suscite, bien entendu, les aigres commentaires d'éternels insatisfaits.

http://publigeekaire.com/2010/02/castorama-cest-castoche-carton-jaune-a-publicis/

S'il n'est probablement pas lui non plus destiné à s'enraciner dans notre langue, ce néologisme de circonstance n'en vient pas moins à l'appui de mon raisonnement, c'est-à-dire que, de nos jours, les constructions de mots au moyen du suffixe "oche" ont une connotation plurielle et nuancée, bien moins péjorative que juvénile, décontractée, affectueuse…

 

Hérité en droite ligne de cette polyvalence, j'ai gardé, pour servir de point d'orgue afin de conclure dans les formes, un mot célèbre: il s'agit de "Gavroche", nom propre imaginé par le génial Victor Hugo pour un personnage de roman devenu un type bien particulier incarnant le "titi" parisien, enfant de prolétaires plus ou moins dans la misère, gamin des rues débrouillard, spirituel jusqu'à l'insolence ; un futur gibier de potence aux yeux des bourgeois bien pensants de l'époque, mais avant tout un garçon au grand cœur pour qui vient à lire Les Misérables.

Je veux voir dans "Gavroche" le prototype qui a servi à construire le néologisme "caldoche", peut-être bien entaché parfois d'une nuance péjorative dans la bouche de certains,- à mettre en relation avec une haine viscérale du colonialisme,- mais nuance très avantageusement contrebalancée par les aspects favorables d'une suffixation porteuse aussi, et dans de bien plus nombreux cas, de juvénile ou (et) chaleureuse sympathie. [Note-3]

 

 

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Un lecteur m'adresse la communication ci-dessous :


Je viens de lire votre article concernant le mot "caldoche" entre autre. Je voudrais juste vous donner ce que "caldoche" signifie pour moi. J'ai bientôt 81 ans et suis un caldoche. Dans ma jeunesse, ce mot était synonyme de "vantard" ou "grande gueule". Caldoche serait la contraction de calédonien et loche. La loche a une grande gueule mais est un petit poisson une fois celle-ci fermée. Nous avions aussi une autre formule : "petit bateau mais grand la cale" pour désigner ces calédoniens qui vous racontaient leurs coups de pêche où la taille du poisson représentée avec les mains écartées (de plus en plus loin l'une de l'autre), ou le poids du cerf de plus en plus lourd.

Je ne peux vous fournir plus de renseignement sur l'origine de ce sens à ce moment-là.

Ce que je viens de vous raconter est sans doute assez anecdotique mais c'est un moment vécu dans ma prime jeunesse. Hélas, une bonne partie du passé de la Nouvelle-Calédonie est inconnue de la plupart des Calédoniens (et des caldoches en particulier).

Salutations

Jean-Claude LEGRAS


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KANAK

 

Les Français et les Belges de ma génération ont tous lu Tintin dès leur enfance, et si je n'avais jamais ni lu ni entendu le mot "caldoche" avant d'arriver en Nouvelle-Calédonie pour la première fois, je connaissais en revanche le mot "canaque" depuis longtemps pour l'avoir lu à plusieurs reprises parmi ces invectives que le capitaine Haddock lance en chapelet lorsqu'il est en colère.

(http://fr.wikipedia.org/wiki/Vocabulaire_du_capitaine_Haddock )

La première définition que j'ai lue de ce mot a été beaucoup plus tardive, je l'ai trouvée dans le Petit Larousse (édition 1959) que je me suis acheté, une fois revenu d'Algérie, alors que j'accomplissais le dernier trimestre de mon service militaire. Dans les pages des noms propres de ce dictionnaire que je possède toujours on trouve écrit :

 

"CANAQUES", nom donné parfois aux Mélanésiens de la Nouvelle-Calédonie".

 

Trois remarques sont à faire :

- le mot est classé dans les noms propres ;

- il n'a aucun doublon orthographique dans ce dictionnaire ;

- il est au pluriel.

De ces constatations on déduit que ce substantif désigne globalement un groupe humain particulier au sein d'un groupe humain spécifique (les Mélanésiens), que l'emploi au singulier pour désigner un individu est secondaire par rapport au groupe ethno-géographique, que ce mot est indépendant du nom de la terre où vit ce groupe particulier [Note-4] ; quand on pousse plus avant, on découvre que l'origine du mot est phonétique et que son orthographe, dans ce Petit Larousse, résulte d'un choix parmi diverses transcriptions imaginées par les auteurs qui l'ont auparavant utilisé, généralement dans des récits de voyage, plus rarement dans des ouvrages ethnologiques savants.

 

Fin 1975, un article dû à Pierre Laubreaux  était publié dans le numéro 25 du Bulletin de la Société d'Études Historiques de Nouvelle-Calédonie, sous le titre : Pourquoi dit-on d'un Mélanésien qu'il est un Canaque ?

Pierre Laubreaux expliquait sa démarche en ces termes :

 

" Né en Nouvelle-Calédonie, j'avais été frappé, dès mon plus jeune âge, par l'espèce d'insulte que constituait, pour les Autochtones, l'emploi de ce mot les concernant et, dans notre groupe familial, si d'aventure on l'employait, en parlant hors de leur présence, on évitait soigneusement de s'en servir en face d'eux. Et comme l'auteur de la note que je vais reproduire plus bas, l'emploi de ce mot m'avait toujours quelque peu gêné.

Depuis, j'ai interrogé de nombreux amis autochtones. Aucun n'a pu me dire s'il existait dans leur langue."

 

Il citait ensuite deux extraits d'ouvrages anciens, principalement une note due à A. Lesson sur le mot "CANAK", tirée des Bulletins de la Société d'Anthropologie de Paris (année 1861, tome2, pages 282-283) que je reproduis à mon tour ici :

 

"Les mots CANAC, CANACK, CANAQUE, HANAQUES, HANAQUAS et autres, si souvent employés par les voyageurs dans leurs récits, ne sont qu'une transformation des mots indigènes polynésiens :

KANAKA (Iles Sandwich) TANGHATA (Nouvelle Zélande) TANGATA (Iles des Amis) TAATA (Iles de la Société) ENANA, ENATA (Des Marquises) etc... etc... Ces mots signifient «HOMME» en général. L'HOMME, les HOMMES, la POPU­LATION. Quand, à Tahiti, on veut parler d'un certain nombre, on dit : «TE MAUTAATA», les hommes, et quand ce sont des chefs qui en parlent, peut-être cela serait-il mieux traduit par : «le PEUPLE, la PLEBE». Mais enfin, les mots «KANACK et CANAQUES» ne sont que les mots indigènes polynésiens et particulièrement celui des Iles Sandwich (KANACKA) francisés.

Les baleiniers américains et français sont ceux qui ont le plus répandu ces expressions qui ont malheureusement été propagées par d'URVILLE, et depuis lui, par la plupart des écrivains français. Ce n'est donc, en résumé, qu'une pure invention européenne.

Aujourd'hui, les insulaires des Iles Marquises, de la Nouvelle Zélande, de Tahiti, entendent ces mots et s'en servent même dans le dernier lieu mais, comme ils se servaient du mot «TAYO», ami, qu'ils supposaient Français et ne me répétaient que, parce qu'ils se croyaient mieux compris. Vous verrez plus tard d'où vient cette curieuse erreur.

Il semble bien, répèterai je, que l'expression indigène : «TAATA», à TAHI­TI ne se borne pas à signifier l'HOMME en général et que dans la bouche des chefs, elle signifie autant LA FOULE, LE COMMUN, LA PLEBE, mais encore faut-il que ce mot soit précédé ou suivi de certaines particules. Quand il est seul, il ne signifie que L'HOMME, L'ESPECE HUMAINE.

Les mots CANAQUE, CANACK et autres m'ont tellement blessé, pendant mon long séjour en Océanie, que je ne les ai jamais employés, je crois, dans le cours de mes notes, sinon quand j'avais à citer textuellement.

Je ne vous dis cela, en somme, que pour vous montrer que mon opinion n'est pas seulement de circonstance."

 

On voit comment, à partir de telles considérations et de sa claquante sonorité, le mot "canaque" peut avoir été introduit par Hergé dans le vocabulaire colérique du capitaine Haddock

Afin de poursuivre, je vais m'appuyer de nouveau sur l'ouvrage précité, 101 Mots pour comprendre l'Histoire de la Nouvelle-Calédonie ; Gabriel Poédi, auteur de l'article "Kanak" écrit :

 

"Le terme kanak, mot invariable en genre et en nombre, est repris de nouveau par les premiers étudiants mélanésiens de retour de France après mai 68 comme "terme-miroir" face à la société caldoche et métropolitaine de Nouméa. De la connotation négative, ces jeunes étudiants kanak politisés ont revendiqué le terme en y mettant un contenu historico-politico-culturel positif…"

 

De mon point de vue, l'ensemble de l'article est excellent, à un point près : l'invariabilité énoncée et appliquée du terme "kanak".

Dans les limites étroites imposées par l'ouvrage, Gabriel Poédi présente les origines ethnologiques, puis diachroniques de ce mot en passant de l'histoire "coloniale" à l'histoire "indépendantiste". Lorsque Pierre Laubreaux rédigeait son article, la seconde n'était pas encore vraiment à l'ordre du jour mais son mouvement était amorcé.

En fait, si j'ai pu démontrer que le terme "caldoche" n'était pas vraiment péjoratif, il semble avéré que, dans l'esprit de l'époque, il l'était bel et bien (il n'est qu'à relire l'article de Paul Griscelli) et il me semble que c'est plutôt "caldoche" qui a été forgé à l'origine comme "terme-miroir" en regard de "canaque", lequel était aussi mal ressenti à l'époque par les "autochtones" que chargé d'une nuance de mépris dans la bouche de certains "colons".

Partant de ce point de vue-là, les deux termes méritaient une réhabilitation, je pense que c'est chose faite  pour "caldoche" ; pour ce qui est de "kanak", Gabriel Poédi a évoqué la façon dont les "jeunes étudiants kanak politisés" ont fait d'un terme à connotation jusque là considérée comme peu flatteuse un terme historiquement unificateur, susceptible de fonder une "identité kanak" pour aboutir à la notion de "peuple kanak" et de "Kanaky".

 

Historiquement, nombre de "nations" sont redevables de leur création à la France : les Etats-Unis aidés dans leur guerre d'indépendance ; la France elle-même unifiée comme "nation" pendant la Révolution ; puis l'Allemagne unifiée comme "nation" contre la France à la suite des guerres napoléoniennes ; l'Italie, unifiée contre l'Autriche avec l'aide de la France… Au 20ème siècle, l'Algérie surtout, créée ex-nihilo par une décolonisation lamentablement ratée ; ainsi que nombre d'autres États africains décolonisés dans de meilleures conditions, sans pour autant constituer dans tous les cas de véritables réussites.

 

Cette remarque en rappel de données historiques bien connues étant faite, j'en reviens au caractère linguistique de mon propos pour écrire que je trouve tout à fait incongru, pour ne pas dire pire, que le mot "kanak" soit employé par Gabriel Poédi et beaucoup d'autres comme "mot invariable en genre et en nombre".

 

C'est aberrant !

 

Et si ce sont les "jeunes étudiants kanak politisés" qui sont à l'origine de l'emploi épicène de ce mot qui est normalement soit un substantif soit un adjectif qualificatif, mots variables en genre et en nombre, ils ont été bien mal inspirés en pensant de la sorte distinguer une culture nationaliste nouvelle par le rejet de la culture française -"coloniale"-, notamment par le non-respect des règles fondamentales de sa grammaire.

 

Pourquoi ont-ils été mal inspirés ?

 

Concédons un point positif pour commencer : parmi toutes les orthographes de ce mot que l'on trouve dans les divers ouvrages écrits auparavant, on a choisi la plus simple en reproduisant simplement la transcription phonétique [kanak] ; c'était logique et c'est, à mon sens, un bon choix parce que trouvant son origine dans une langue non-écrite, il valait mieux aller au plus simple en matière de transcription.

Cela dit, la langue commune aux habitants de la Nouvelle-Calédonie, quelle que soit leur origine ethnique, leurs racines culturelles, leurs métissages... c'est la langue française ; dès lors, qu'on emploie cette langue, il faut en respecter les règles et on est bien obligé de constater que prétendre affubler le mot "kanak" d'un emploi épicène, loin de lui octroyer une nuance "indépendante" vis-à-vis de la langue "coloniale",- ce qui est une démarche de la pensée totalement absurde,- lui confère une situation lexicale encore moins estimable que celle attribuée autrefois au mot "canaque" (toutes orthographes confondues) pour désigner les autochtones de Nouvelle-Calédonie.

 

- En effet, "kanak" ne peut en aucun cas être considéré comme un adverbe, une préposition, une conjonction ou une interjection qui sont les espèces de mots invariables en français : "kanak" est un mot qui ne peut être employé que comme substantif et adjectif qualificatif.

 

- Comme substantif, il faut savoir que l'emploi épicène se limite essentiellement à des noms d'animaux ne désignant que l'espèce, mots par ailleurs variables en nombre mais auxquels il faut ajouter un mot déterminant pour préciser l'individu ou le sexe, comme "un éléphant femelle", "des éléphants femelles", "une girafe mâle", "des girafes mâles"…

Dès lors, on ne voit pas bien comment ne pas se sentir vexé à se trouver classé, en tant que "kanak", dans un ensemble lexical regroupant "cagou", "roussette", "éléphant", "girafe", "souris", etc…

 

- Comme adjectif qualificatif, c'est bien plus simple : il n'y a pas d'exception à la règle d'accord, et ne pas appliquer cette règle c'est faire une faute grave.

 

Tous les jours, je lis Les Nouvelles Calédoniennes sur son site internet, lequel a justement été ouvert au moment de mon départ définitif pour la métropole. J'accorde beaucoup d'intérêt à cette lecture qui me permet de conserver un lien continu avec la vie de ce pays auquel je suis très attaché, mais y lire en toutes circonstances le mot "kanak" employé sans accord me hérisse chaque fois ; passe encore dans les commentaires déposés par certains lecteurs, souvent engagés pour un oui ou un non dans des querelles de chiffonniers racistes où les fautes d'orthographe le disputent aux fautes de goût et de courtoisie… Mais de la part de journalistes, d'écrivains, d'historiens… qui se doivent d'écrire un français correct, c'est choquant, c'est inacceptable.

 

Parce qu'en fait, il est parfaitement justifié de faire accorder le substantif  "kanak" en genre et en nombre, cela ne présente que des avantages :

- un kanak, des kanaks… et on sort des catégories d'espèces animales pour trouver des hommes ;

- une kanake, des kanakes… et on trouve des femmes, au lieu de  "popinées" ou de  "ponoches". [Note-5]

 

Il en est de même pour l'emploi comme adjectif qualificatif :

- un pêcheur kanak, des contes kanaks…

- une coutume kanake, des cases kanakes…